Saupoudré de sucre glace comme un sommet du Trentin sous la neige fraîche, le pandoro pose sa silhouette en étoile à huit branches sur les tables de fin d’année. Cette brioche moelleuse venue de Vérone gagne du terrain en France, et pas seulement dans les épiceries fines. Dans les chalets d’altitude, elle remplace de plus en plus la bûche au dessert du 25 décembre, surtout chez les amateurs de cuisine italienne. On vous raconte son histoire, ses secrets de fabrication et la meilleure façon de la déguster après une journée de ski.
Un pain d’or né à Vérone en 1894
Le mot vient du dialecte vénitien : pan de oro, soit pain d’or. La couleur jaune intense de la mie, qu’on doit aux œufs et au beurre, justifie le nom à elle seule. Les premières traces écrites d’une brioche ressemblant au pandoro remontent au XIIIe sièclé, à Venise. Sur les tables des familles riches, on servait alors un gâteau doré comme symbole de prospérité.
La version qu’on connaît aujourd’hui voit le jour en 1894. Domenico Melegatti, un confiseur véronais, dépose le brevet d’une brioche en forme d’étoile, inspirée d’un gâteau local nommé Levà. Il enrichit la pâte d’œufs et de beurre pour la rendre plus souple, plus aérienne aussi. La forme à huit branches, elle, vient d’un peintre de Vérone, Angelo Dall’Oca Bianca, qui dessine la silhouette désormais célèbre.
Avant Melegatti, plusieurs cousins existaient déjà dans la région. Le Nadalin véronais, plus dense et fourré aux amandes, ou le pain de Vienne servi à la cour des Habsbourg. Tous ces ancêtrès partagent la même idée : un gâteau levé, parfumé, festif. Le pandoro, lui, mise tout sur la pureté. Pas de fruits confits, pas de raisins. Juste la mie, la vanille et le zeste d’agrumes.
À Vérone, la fierté locale se respire dans les pâtisseries du centre historique. Plusieurs maisons artisanales y produisent encore des pandori au levain naturel, en respectant les 48 heures de pousse traditionnelles. La ville a même son musée du pandoro, ouvert dans les anciens locaux Melegatti, près de la Piazza delle Erbe.
Pandoro contre panettone : deux Italiens, deux écoles
Les deux brioches partagent les rayons de Noël en Italie, mais elles n’ont pas grand-chose en commun. Le panettone, lui, vient de Milan. On y trouve des raisins secs, des écorces d’orange et de cèdre confites, parfois du chocolat. Sa pâte est aussi plus humide et plus riche en levain naturel. La controverse fait rage chaque année : équipe pandoro ou équipe panettone ?
Voici les principales différences :
| Critère | Pandoro | Panettone |
|---|---|---|
| Origine | Vérone (Vénétie) | Milan (Lombardie) |
| Forme | Étoile à 8 branches | Cylindrique haute |
| Garniture | Aucune (vanille seule) | Raisins, fruits confits |
| Texture | Mie filante, beurrée | Mie alvéolée, plus aérée |
| Couleur | Jaune doré intense | Doré pâle |
| Sucre glace | Toujours, au moment de servir | Rarement |
| Hauteur | 18 à 22 cm | 15 à 30 cm |
| Conservation | 2 à 3 mois sous emballage | 1 à 2 mois |
Les sondages en Italie donnent souvent l’avantage au pandoro chez les enfants et les amateurs de douceurs simples. Le panettone garde sa place auprès des puristes et des gourmets qui aiment les notes acidulées des fruits confits. Dans les Alpes italiennes, du Val d’Aoste au Trentin-Haut-Adige, les deux cohabitent souvent sur la même table.

Les ingrédients d’une brioche italienne authentique
La liste tient sur une demi-page. C’est ce qui trompe : croire qu’un pandoro maison, c’est facile. Sa simplicité apparente cache une vraie technique.
Pour un pandoro d’environ 1 kg, prévoyez :
- Farine de force : 270 g de Manitoba (ou farine de gruau française). Elle contient 14 à 16 % de protéines, ce qui permet à la pâte de tenir pendant des levées longues sans s’effondrer.
- Farine T55 ou T45 : 200 g, pour équilibrer la force.
- Œufs : 2 entiers et 3 jaunes, soit environ 150 g. C’est ce qui donne la couleur dorée.
- Beurre : 150 g, sorti la veille pour qu’il soit bien souple. Un beurre AOP type Charentes-Poitou améliore le goût.
- Sucre : 150 g au total, dont 10 g pour le levain.
- Levure fraîche : 12 g (ou 4 g de levure sèche active).
- Lait tiède : 100 g.
- Vanille : une gousse fendue ou 2 cuillères à café d’extrait.
- Zestes : un citron jaune et une demi-orange non traités.
- Sel : 5 g.
Le secret n’est pas dans la liste. Il est dans la façon de monter le levain, puis d’incorporer le beurre. Le rituel commence la veille, par une pré-fermentation qui développe les arômes. C’est elle qui fait la différence entre un pandoro maison correct et un pandoro maison qui rivalise avec un Bauli ou un Melegatti du commerce.
Recette pas à pas, de la veille à la cuisson
Comptez 36 heures du début à la fin, en grande partie de la pousse. La main au pétrin n’occupe que deux ou trois heures réparties.
Étape 1 : le levain (la veille au soir)
Délayer la levure dans 50 g de lait tiède (28-30 °C, pas plus). Ajouter 70 g de farine Manitoba, 10 g de sucre et un jaune d’œuf. Mélanger avec une cuillère en bois. Couvrir d’un film. Laisser pousser 12 heures à 20-22 °C, dans une pièce à l’abri des courants d’air. Le levain doit doubler et faire des bulles fines en surface.
Étape 2 : la pâte (le lendemain matin)
Dans la cuve du pétrin, verser le levain. Ajouter le reste du lait, 200 g de farine T55, 100 g de farine Manitoba et 100 g de sucre. Pétrir 10 minutes en première vitesse. La pâte doit devenir lisse et se décoller du bord. Couvrir et laisser reposer 1h30.
Reprendre la pâte. Ajouter les œufs un par un, en attendant que chacun soit absorbé. Verser ensuite le sucre restant, le sel, la vanille et les zestes. Pétrir 15 minutes en deuxième vitesse. La pâte doit devenir élastique et faire le test de la fenêtre : on tire un petit morceau, il doit s’étirer en voile sans se déchirer.
Étape 3 : le beurrage
C’est le moment délicat. Le beurre doit être à 18-20 °C, ni trop dur ni trop mou. Découper en petits cubes. Ajouter trois cubes à la fois, en pétrissant à vitesse lente. Attendre que chaque ajout soit absorbé avant le suivant. Compter 20 minutes en tout. La pâte doit rester souple et ne pas chauffer.
Étape 4 : la pousse longue
Bouler la pâte dans un saladier huilé. Couvrir. Laisser pousser au frais (8 à 12 °C) pendant 12 heures, ou à 22 °C pendant 4 à 5 heures. La pâte doit tripler de volume. C’est la pousse qui donne la mie filante caractéristique.
Étape 5 : le façonnage
Beurrer généreusement le moule à pandoro (forme étoile, 1 kg). Dégazer la pâte sur un plan fariné. Bouler en serrant bien la surface. Déposer la boule dans le moule, soudure vers le bas. Couvrir d’un torchon humide. Laisser pousser 3 à 4 heures à 24-26 °C. La pâte doit arriver à 1 cm du bord.
Étape 6 : la cuisson
Préchauffer le four à 170 °C en chaleur tournante. Enfourner sur la grille la plus basse pour 45 à 55 minutes. Si la surface dore trop vite, couvrir d’une feuille d’aluminium au bout de 25 minutes. Tester la cuisson avec une sonde au cœur : il faut atteindre 92 à 94 °C.
Démouler tout de suite, sur une grille, à l’envers. Laisser refroidir 4 heures avant de saupoudrer le sucre glace fourni dans le sachet (ou un sucre glace classique). Le pandoro maison gagne en saveur après 24 heures de repos.
Le moule à étoile : l’âme du pandoro
Sans le moule à pandoro, on rate la silhouette. Et la silhouette fait la signature. Le moule en étoile à huit branches, en aluminium ou en métal noir, coûte entre 15 et 35 euros. On le trouve dans les boutiques de pâtisserie italienne et chez les revendeurs en ligne.
Quelques règles pour ne pas le rater :
- Beurrer généreusement au pinceau, en insistant dans les angles des branches. Un pandoro qui colle, c’est un pandoro fichu.
- Choisir la bonne taille : les moules font 750 g, 1 kg ou 1,5 kg. Pour un premier essai, le format 1 kg est le plus tolérant.
- Ne pas le laver au lave-vaisselle : le revêtement supporte mal. Une éponge douce et de l’eau chaude suffisent.
À défaut, certains improvisent avec un moule à kouglof, mais le résultat n’a plus rien d’un pandoro. Autant l’assumer et faire un kouglof, qui a aussi ses lettres de noblesse.
Comment le servir après le repas de fête
Le pandoro se mange à température ambiante. Le sortir de son emballage 30 minutes avant. Saupoudrer le sucre glace au dernier moment, sinon il fond et disparaît dans la mie.
La méthode véronaise consiste à secouer le pandoro dans son sachet plastique avec le sucre glace, puis à le sortir bien blanc avant de le poser sur le plat. C’est efficace, et ça amuse les enfants. À table, on coupe horizontalement en tranches d’environ 2 cm. Chaque part forme une petite étoile, qu’on peut décaler pour donner l’effet sapin.
Le pandoro gagne à être accompagné. Quelques idées qui marchent bien :
- Un verre de Moscato d’Asti, vin pétillant doux du Piémont, est l’accord le plus classique.
- Une crème mascarpone légère, montée avec du sucre et un trait de Marsala. On la dépose sur chaque tranche.
- Un peu de gianduja chaud, ou une crème au chocolat noir, pour les amateurs de gourmandise.
- Une coupe de fruits rouges (framboises, fraises des bois, cranberries) pour casser le sucre du saupoudrage.
Dans les chalets, après une journée à dévaler les pistes, le pandoro accompagne aussi très bien un thé fumé ou un cioccolata calda à l’italienne, cette boisson au chocolat épaissie typique des Dolomites. La douceur de la brioche compense la fatigue, sans alourdir le ventre.
Pandoro et cuisine d’altitude italienne
La Vénétie touche les Dolomites. Cortina d’Ampezzo, Bolzano, Trente, ces stations italiennes connaissent toutes le pandoro depuis l’enfance. Sur place, on le retrouve au goûter dans les rifugi (les refuges d’altitude), souvent servi en tranches grillées avec un peu de confiture de myrtille locale.
La tradition se diffuse aussi dans les Alpes françaises, surtout en Tarentaise et en Maurienne, où la frontière italienne reste poreuse côté gastronomie. Plusieurs restaurants d’altitude le proposent désormais en dessert, parfois revisité en pain perdu doré au beurre, ou en base d’un zuccotto (un dessert toscan en forme de dôme, garni de crème et de fruits secs).
L’astuce des chefs ? Récupérer un pandoro entamé, le couper en cubes, et le faire revenir à la poêle avec un peu de beurre noisette. On sert avec une glace à la vanille et un trait de café chaud. Effet garanti après une descente du Mont-Blanc ou de la Vallée Blanche.
Conservation et seconde vie de la brioche
Un pandoro industriel sous emballage tient 2 à 3 mois. Une fois ouvert, l’enfermer dans un sac plastique propre et le manger sous une semaine. La mie sèche vite, surtout en chalet, où l’air est plus sec à cause du chauffage au bois.
Si la brioche a durci, plusieurs solutions plutôt que de jeter :
- Pain perdu : tremper les tranches dans un mélange œuf-lait-cannelle, faire dorer au beurre, servir avec du sirop d’érable.
- Tiramisu de pandoro : remplacer les biscuits à la cuiller par du pandoro coupé en tranches. La douceur naturelle réduit le sucre du mascarpone.
- Pudding : mélanger les morceaux secs avec du lait, des œufs et des fruits secs, cuire au four 30 minutes.
- Chapelure sucrée : mixer les restes très secs et utiliser la poudre pour saupoudrer un crumble ou des fruits poêlés.
Le pandoro entamé peut aussi se congeler en tranches, séparées par du papier sulfurisé. À la sortie du congélateur, le passer 5 minutes au four à 150 °C : la mie retrouve presque sa souplesse d’origine.
Les marques italiennes à connaître au rayon
Le rayon italien des supermarchés français propose plusieurs marques. Les principales :
- Melegatti : la maison historique. Le pandoro reste fidèle à la recette d’origine, levain naturel, 36 heures de pousse. Comptez 12 à 18 euros le kilo.
- Bauli : numéro un en volume en Italie. Bonne qualité industrielle, mie un peu plus dense, prix doux (8 à 12 euros).
- Loison : marque haut de gamme du Vénète. Levain naturel, beurre AOP, vanille de Madagascar. Le pandoro est cher (25 à 35 euros) mais s’approche du fait maison.
- Tre Marie : recette milanaise de qualité, distribuée en grandes surfaces. Bon rapport qualité-prix.
- Motta : marque historique italienne, gamme large, qualité correcte sans plus.
Quelques pâtisseries artisanales en France produisent aussi leur pandoro maison à l’approche des fêtes. À Paris, à Lyon, à Annecy ou à Chambéry, on en trouve chez les boulangers italiens dès la mi-novembre. Compter 30 à 50 euros la pièce, mais la fraîcheur et la mie n’ont rien à voir avec l’industriel.
Foire aux questions sur le pandoro
Quelle est la différence entre pandoro et panettone ?
Le pandoro vient de Vérone, n’a pas de garniture, et se caractérise par sa forme en étoile à huit branches et sa mie jaune doré. Le panettone vient de Milan, contient des raisins et des fruits confits, et à une forme cylindrique haute.
Peut-on faire un pandoro sans moule en étoile ?
Techniquement oui, dans un moule à kouglof ou à panettone. Mais le résultat perd la silhouette étoilée qui fait toute la signature. Mieux vaut investir 15 euros dans un vrai moule, qui dure des années.
Combien de temps faut-il pour préparer un pandoro maison ?
Comptez 36 heures du début à la fin, dont 24 heures de pousse cumulée. Le travail au pétrin n’occupe que deux ou trois heures, mais il demande de la patience entre chaque étape.
Quelle farine choisir pour un pandoro réussi ?
La Manitoba italienne (14 à 16 % de protéines) est idéale. À défaut, on utilise une farine de gruau française, ou un mélange de T45 forte avec du gluten ajouté. Une farine T55 classique ne tient pas la pousse longue.
Le pandoro est-il un dessert de Noël ou peut-on en manger toute l’année ?
En Italie, le pandoro reste lié aux fêtes de fin d’année. La saison commence à la mi-novembre et se termine à l’Épiphanie (6 janvier). Hors saison, on en trouve plus difficilement. Rien n’empêche d’en faire à la maison à n’importe quel moment, mais la magie du dessert tient aussi à sa saisonnalité.
Comment éviter que le pandoro soit sec ?
La cuisson en est la clé. Au-delà de 95 °C à cœur, la mie sèche. Sortir le pandoro à 92-94 °C maxi, et le démouler immédiatement sur grille. Une fois refroidi, l’emballer dans un sac plastique fermé empêche l’air de continuer à le déshydrater.
Peut-on remplacer le beurre par de la margarine ?
Possible, mais déconseillé. Le beurre apporte le goût et la couleur typiques du pandoro. La margarine donne une mie plus pâle et un goût plus neutre, qui n’a plus rien à voir avec la version traditionnelle de Vérone.
Le pandoro convient-il aux personnes intolérantes au gluten ?
Non, dans sa version classique. La pâte repose sur la force du gluten pour se développer. Quelques marques italiennes proposent désormais des pandori sans gluten (Schar, Nutrifree), mais la texture reste différente : moins filante, plus friable.
Le pandoro à ce charme rare des desserts qui se suffisent à eux-mêmes. Pas de chichi, pas de fruits exotiques, pas de glaçage tape-à-l’œil. Juste de la farine, du beurre, des œufs, du temps et du savoir-faire. Il accompagne bien les fêtes en chalet quand on cherche un peu de chaleur italienne après une journée dans le froid des sommets. Le seul vrai défaut ? Une fois le sachet ouvert, il disparaît trop vite. Préparez-en deux.


